Guide pour découvrir Akimi Yoshida

Bien connue pour sa saga Banana Fish, Akimi Yoshida est en réalité l'autrice d'une multitude de chefs-d'œuvre. Comme il serait bien triste de résumer sa carrière à un unique titre, aussi excellent soit-il, je vous propose de revenir sur ses mangas disponibles en français. De New York à Kamakura, cap sur l'immense bibliographie d'Akimi Yoshida.


Kisshô Tennyo (1983)

On débute avec Kisshô Tennyo, que les éditions Panini publient en 2 volumes. Dans ce récit, l'autrice met en scène Sayoko, une jeune fille qui subjugue tout le monde par sa beauté. Alors qu'elle arrive dans un nouveau lycée, des événements étranges semblent avoir lieu autour d'elle. Le mystère plane alors sur son identité et ses motivations. L'autrice puise dans son thème fétiche de la mythologie pour créer une figure féminine à mi-chemin entre une protagoniste de Kazuo Kamimura (comme Maria ou Lady Snowblood) et Tomie de Junji Ito. Et c'est une réussite totale, Sayoko est sans l'ombre d'un doute l'un des personnages de manga les plus fascinants que j'ai pu rencontrer au cours de mes lectures. Sous ses allures de thriller psychologique aux accents surnaturels, Kisshô Tennyo est un manga absolument inclassable qui passe par différents genres et ambiances tout au long de son histoire tout en restant captivant.

La Cerisaie (1985)

On continue ensuite avec un one-shot, La Cerisaie, toujours publié en français aux éditions Panini. C'est un récit choral qui se déroule autour du club de théâtre d'un lycée pour filles, alors que les préparations de la pièce La Cerisaie d'Anton Tchekhov avancent peu à peu. Et que dire sinon que c'est un manga magnifique qui capte à merveille les sentiments de jeunes filles au sortir de l'adolescence. Akimi Yoshida aborde cette période charnière avec beaucoup de finesse et de délicatesse, ce qui en fait une référence sur le passage à l'âge adulte, autre thème qui accompagne l'autrice au long de sa carrière. C'est un sublime manga, plein de poésie, qui mérite d'être découvert.

Banana Fish (1985)

On arrive ensuite au gros morceau, à savoir Banana Fish. Après une première édition en 19 tomes, les éditions Panini ont réédité la série en 10 volumes. Il est important de noter que cette version est plus complète car le dixième tome contient les histoires bonus du recueil Private Opinion. L'éditeur a également publié le guidebook, qui mélange informations et illustrations en grand format, et qui est absolument indispensable à tout fan de la série. C'est le manga le plus populaire d'Akimi Yoshida, et pour cause, on est à la croisée des chemins entre les shôjo mangas des années 70 de Moto Hagio (Le Clan des Poe) et Keiko Takemiya (Le Poème du Vent et des Arbres) et le new wave à la Katsuhiro Otomo (Domu, Akira). Une mystérieuse drogue poussant ceux qui la consomment au suicide apparaît dans les rues du New York des années 80. Ash Lynx, un jeune chef de gang, tombe dessus et fait le lien avec ce qu'a vécu son frère durant la guerre du Vietnam. Commence alors un récit haletant impliquant la mafia et de nombreuses personnalités haut placées. Banana Fish brille aussi bien pour ses scènes d'action intenses que pour son intrigue captivante et pleine de rebondissements. Mais le plus gros point fort reste sans doute le développement psychologique de ses personnages et de la relation iconique entre Ash et Eiji, un jeune japonais venu aux USA pour assister un photographe. C'est un chef-d'œuvre que tout passionné de mangas se doit de découvrir.

Lovers' Kiss (1995)

Après le mouvementé Banana Fish, Akimi Yoshida s'attaque à un récit plus calme, du moins en surface, avec Lovers' Kiss. Le titre est publié en français sous la forme d'un one-shot, toujours aux éditions Panini. L'autrice signe un nouveau récit choral mettant en scène cette fois-ci la jeunesse de Kamakura à travers trois couples qui s'entrecroisent. Traumatismes de l'enfance et difficultés du passage à l'âge adulte sont encore une fois abordés avec beaucoup de finesse par l'autrice qui met l'accent sur le développement psychologique d'adolescents dans toute leur complexité ainsi que leurs tumultes intérieurs. En résulte l'un des plus beaux mangas d'Akimi Yoshida, empreint de lyrisme. C'est assurément un chef-d'œuvre, idéal pour débuter l'exploration de la bibliographie de l'autrice.

Yasha (1996)

On passe ensuite à Yasha, qui est publié en 6 volumes aux éditions Panini. Akimi Yoshida dessine un thriller dans la pure lignée de Banana Fish qui mélange action, science et mythologie. C'est une lecture indispensable pour les fans des aventures d'Ash tant les deux mangas partagent des points communs, aussi bien stylistiquement qu'au niveau des thématiques abordées. Il est ici question de manipulation génétique au sein d'une intrigue pleine de rebondissements avec une dimension géopolitique passionnante. Yasha reste souvent dans l'ombre de son grand frère alors qu'il n'a pas grand-chose à lui envier, c'est sans l'ombre d'un doute l'un des meilleurs thrillers de science-fiction en manga, aux côtés de récits comme Nous sommes 11, Domu ou encore Pluto.

Le Sommeil d'Ève (2003)

Le Sommeil d'Ève fait naturellement suite à Yasha. La série est également publiée en français aux éditions Panini, en 3 volumes. De nombreux mangas d'Akimi Yoshida ont des personnages en commun (Banana Fish et Yasha, sa trilogie de Kamakura composée de Lovers' Kiss, Kamakura Diary et Les cent vues d'Utagawa...), si bien qu'on parle souvent à tort de spin-off. Mais ici, Le Sommeil d'Ève est véritablement un spin-off de Yasha, ou du moins il peut être considéré comme sa suite. Il se passe dans le même univers et se déroule une génération plus tard. Cette fois, Akimi Yoshida le dessine selon le point de vue d'une héroïne, prouvant à qui en doutait encore qu'elle peut également concevoir des mangas d'action autour de femmes. C'est une excellente série qui peut se lire seule, toutefois, mieux vaut découvrir Yasha avant.

Kamakura Diary (2006)

On passe ensuite à Kamakura Diary, qui est quant à lui publié en 9 volumes aux éditions Kana. Et si chaque manga précédemment cité a connu des adaptations que ce soit en film, en drama ou anime, ce dernier possède sans aucun doute la plus qualitative de toutes. Il s'agit du film Notre petite sœur, réalisé par Hirokazu Kore-eda. Concernant le manga, il raconte comment la jeune Suzu va vivre chez ses trois demi-sœurs après le décès de leur père. L'autrice alterne les points de vue féminins des quatre membres de la famille, présentant la vie à Kamakura sous des regards très différents. C'est la quintessence de la tranche de vie en manga, une lecture indispensable pour quiconque s'intéresse au genre. Kamakura Diary est un récit sublime qui s'ancre dans le quotidien tout en prenant son temps pour nous montrer ses personnages grandir. Akimi Yoshida nous dévoile une autre facette de son talent en créant une nouvelle référence du genre, à classer aux côtés de mangas comme Real et March comes in like a Lion.

Les cent vues d'Utagawa (2019)

On termine ainsi par Les cent vues d'Utagawa, la dernière série en date d'Akimi Yoshida. Celle-ci est éditée en français aux éditions Panini et est toujours en cours de parution au Japon. L'autrice nous éloigne à deux heures de Kamakura pour nous faire visiter le petit village thermal de Kajikazawa. Dans la lignée de son manga précédent, elle dessine une tranche de vie rurale autour de l'auberge Azumaya. Entre la finesse de l'écriture des personnages, la poésie du récit et le développement des relations entre des personnages immédiatement attachants, on retrouve toute la qualité du style d'Akimi Yoshida qui s'applique à décrire ce que signifie grandir dans un petit village. Plus que jamais, elle signe un manga passionnant pour quiconque aimerait découvrir des récits dépeignant un Japon authentique. Parce que, comme elle le faisait déjà dans Kamakura Diary, Akimi Yoshida s'attache à décrire la vie, c'est-à-dire les liens invisibles qui existent entre les gens, mais aussi l'environnement dans lequel ils évoluent. Assurément, tout cela fait du manga Les cent vues d'Utagawa une série à suivre de près.

Même si chacun préfèrera tel ou tel manga d'Akimi Yoshida en fonction de sa sensibilité, il faut préciser en guise de conclusion que tous ses mangas sont des réussites. Ils valent tous le coup d'être lus. Bien sûr, il est facile de recommander Banana Fish, Kamakura Diary et Lovers' Kiss comme portes d'entrée, puisqu'ils représentent différents courants de la bibliographie de l'autrice. Néanmoins, il y a une cohérence indéniable dans sa carrière. Elle suit une évolution logique, et l'on peut voir des thématiques similaires revenir sous différentes formes d'un manga à l'autre. Alors, à titre personnel, je vous recommande de tout lire. L'ordre chronologique est également conseillé mais n'est vraiment pas obligatoire. Après tout, le mieux est toujours de commencer par le manga qui vous donne le plus envie.


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