Un responsable éditorial démissionne, mais il est loin d'abandonner le manga : bienvenue dans Tokyo, ces jours-ci, le nouveau chef-d'oeuvre en 3 volumes de Taiyô Matsumoto.
En tant que grand fan de l'auteur depuis que j'ai lu Amer Beton, je ne pouvais pas passer à côté de ce titre. D'autant plus que j'ai une affection toute particulière pour les oeuvres qui parlent de leur medium, surtout quand elles le font bien. C'est le cas de mangas comme Tchiko, Errance ou Look Back qui mettent en scène des mangakas. Cependant le parti pris de Taiyô Matsumoto est différent puisqu'il s'articule autour d'un tantôsha. On suit Shiozawa, un homme vivant seul avec son moineau de Java (référence évidente à Tchiko justement, de Yoshiharu Tsuge) après avoir posé sa démission d'une maison d'édition. Mais les mangakas ne sont pas loin, puisqu'il continue à les fréquenter, notamment dans le cadre du lancement de son nouveau projet.
Tokyo, ces jours-ci est un manga sur l'envers du décor de la bande dessinée japonaise à travers un cercle de personnages impliqués dans la création. Taiyô Matsumoto invente des mangakas fictifs qu'il croise avec le monde réel et des auteurs qui existent bel et bien. Cela donne une certaine crédibilité à son oeuvre, d'autant plus que les personnages (surtout les mangakas représentés) sont hauts en couleur. Et même si certains sont antipathiques ou paraissent plats au premier abord, l'auteur parvient à les rendre intéressants, voire même touchants. En fait, il réussit même à donner envie de découvrir les mangas de chacun.
Si j'ai adoré ces portraits de mangakas, je retiens surtout les discours autour du manga, et notamment son incursion dans le quotidien ordinaire ainsi que sa recherche d'une certaine sincérité. Il y a beaucoup de poésie et une pointe de sarcasme dans ce récit. Et en plus, Taiyô Matsumoto le fait basculer dans le surréalisme lors de plusieurs scènes mémorables. En débutant ma lecture, j'avais peur que l'auteur signe un manga plus intéressant sur le fond que sur la forme. Autrement dit, que les meilleures années du mangaka, d'un point de vue purement créatif, soient passées. Et c'est normal de connaître un déclin dans sa carrière, c'est même un thème abordé dans le manga. Mais il n'en est rien, c'est du très grand Taiyô Matsumoto, un titre d'une richesse phénoménale.
À mes yeux, Tokyo, ces jours-ci est un chef-d'oeuvre, et il s'inscrit même aux côtés de Sunny, Amer Beton, Ping Pong et Gogo Monster parmi les meilleurs récits de l'auteur. Bon, absolument tous les mangas de Taiyô Matsumoto sont des incontournables... Mais ce nouveau titre a quelque chose que les autres n'ont pas : il donne envie de créer. Si vous faites de la BD, je pense que le lire devrait vous motiver à dessiner ou raconter des histoires. Moi, en tout cas, il me pousse à écrire des fictions et sa lecture a même été un déclic pour l'ouverture de La Cinquième Case.
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